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Collage pour le journal CQFD

Création d’un collage  A4 pour l’article sur « De plastique et d’os- Cauchemar agro-industriel au Portugal » pour le dernier CQFD Mensuel  n°194 en kiosque depuis le 05 janvier.

Bon élève autoproclamé de la transition verte, le Portugal a autorisé en octobre 2019 l’extension de monocultures intensives sous plastique en plein milieu d’un parc naturel. La surface des sols occupés par d’interminables serre-tunnels pourrait bientôt y tripler. Encore une fois, la défense d’intérêts financiers ouvre le champ, en toute connaissance de cause, à un désastre écologique. Tout autant qu’humain : suivant le sinistre modèle andalou, cette agro-industrie prédatrice a massivement recours à une main-d’œuvre immigrée amenée à travailler et vivre dans des conditions révoltantes. Ici comme ailleurs, l’espoir vient des populations qui, localement, organisent la lutte.

« Cette région a d’abord été classée comme aire de paysage protégé. Et c’est vrai qu’ici le paysage a en soi une valeur exceptionnelle qu’il faut préserver. » Nous avons retrouvé Nuno Carvalho à la terrasse d’un café d’Odeceixe, joli village situé à la limite entre Algarve et Alentejo. Nous sommes au centre du « Parque Natural do Sudoeste Alentejano e Costa Vicentina », une zone classée Natura 2000 qui s’étend sur quelque 110 kilomètres le long de la magnifique côte sud-ouest du Portugal. Pourtant, à une poignée de kilomètres de là, d’immenses serres saturent l’horizon…

Nuno, ingénieur en environnement, est l’un des membres fondateurs de Juntos pelo Sudoeste (« Ensemble pour le Sud-Ouest »), collectif créé en réaction à l’autorisation d’extension de ces champs de plastique. Il déroule l’historique : « Il y avait déjà, avant la création du parc en 1995, un périmètre d’irrigation dépendant de la rivière Mira et du barrage de Santa Clara, mais essentiellement à destination des habitants et d’une agriculture extensive. Il y a vingt ans, des multinationales se sont rendu compte qu’il y avait ici le climat parfait pour produire des fruits rouges – framboises, fraises, myrtilles… Une production très lucrative, notamment grâce au boum de la demande dans les pays du nord de l’Europe, mais extrêmement gourmande en eau. Or l’eau est ici particulièrement bon marché. »

Le niveau du lac de barrage était au plus bas en 2020 : l’eau habituellement prélevée par gravité doit maintenant être pompée mécaniquement [1]. Et ce, alors même que les monocultures sous serre n’occupent encore « que » 1 500 hectares du parc naturel sur les 4 800 programmés. Certains voudraient y voir l’effet de la seule baisse de la pluviométrie, mais l’explication paraît insuffisante au vu des courbes d’évolution du volume d’eau disponible et de la surface des serres, parfaitement inversées.

Si l’approvisionnement en eau représente le problème le plus urgent, les dégâts causés par cette invasion de monocultures intensives – appauvrissement et artificialisation des sols, pollution… – sont innombrables et mettent à mal tout l’écosystème de la région. « Une des spécificités du parc, note ainsi Nuno, ce sont ses mares éphémères, des foyers de biodiversité qui accueillent des espèces rares et menacées. Plus de la moitié ont été détruites ces dernières années  ! »

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