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Illustration pour le journal Cqfd

Création d’un collage/illustration A4 pour l’article sur « Le Portugal face à son passé colonial » pour le dernier CQFD Mensuel  en kiosque depuis le 05 octobre 2020.


Assassinat d’un comédien noir en juillet dernier en pleine rue à Lisbonne, menaces de mort visant des élus noirs et des militants antiracistes en août, poussée de l’extrême droite… Le climat est délétère pour la lutte contre le racisme au Portugal.
En toile de fond, le passé colonial du Portugal, un sujet encore tabou dans ce pays dont le récit national s’est construit autour de ses « glorieuses conquêtes outre-mer ». et d’un mythe d’une colonisation au visage « plus humain ».
Des militants tentent cependant depuis peu de fissurer ce grand récit : un mémorial aux victimes de la traite négrière est en chantier à Lisbonne et un projet de « Musée des grandes découvertes » a pu être avorté.

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Le 25 juillet, Bruno Candé, un comédien de théâtre né en Guinée-Bissau a été abattu en pleine rue à Lisbonne. Le tireur, 74 ans, est un ancien combattant de la guerre coloniale en Angola (1961-1975), dont il a conservé des symptômes de stress post-traumatique. Le meurtrier a déclaré « En Angola, j’en ai tué plusieurs, des comme lui. »

En août, deux députées noires et des figures de l’activisme antiraciste ont reçu une même lettre de menace de mort de la part d’un d’un collectif d’extrême droite. Quelques jours après l’envoi du message, un rassemblement d’une douzaine de membres rejouait une cérémonie du Ku Klux Klan, devant les locaux de SOS Racisme Portugal.

Le parti d’extrême droite Chega surfe sur cette tension et est crédité de 7% de voix dans un pays où l’extrême droite était quasi inexistante.

L’ampleur du racisme au Portugal reste un sujet tabou. En partie parce que le pays a longtemps nourri l’idée que les Portugais auraient fait preuve de plus d’humanité vis-à-vis des populations sur place. Cette pseudo-exception portugaise, souvent résumée par une expression, le « luso-tropicalisme », est un mythe, entretenu sous la dictature de Salazar puis au retour de la démocratie, après 1974. Ces ambiguïtés mémorielles expliquent, encore aujourd’hui, une partie de l’âpreté des batailles de l’anti-racisme portugais. Un projet de « Musée des grandes découvertes » a été sujet à de nombreux débats avant d’être avorté, une statue d’un père jésuite colonisateur a  fait l’objet de combats entre la gauche et l’extreme-droite et récemment le chantier d’un mémorial sur l’esclavagisme a pu être lancé non sans un lutte de longue haleine de la part des militants antiracistes.